Indemnité REP+ : qui a droit à quoi ?

Toutes les équipes de REP+ ne recevront pas la même indemnité car elle comporte désormais une part modulable. Le SNES-FSU est opposé au principe de rémunération « à mériter » , dont la répartition s’avère opaque, qui plus est.

Les rectorats ont mis en œuvre la part modulable de l’indemnité REP+ ces dernières semaines, sans informer les personnels sur ses critères d’attribution.

La troisième tranche de l’augmentation de l’indemnité REP+ comportent une part modulable, touchée à la même hauteur pour l’ensemble des personnels concernés d’un établissement à l’issue de chaque année scolaire, mais variable d’un établissement à l’autre. Ainsi, au moins 25 % des écoles et collèges toucheraient une part modulable de 200 € net, 50 % une part modulable de 360 € net et seulement 25 %, au plus de ces personnels, recevront une part modulable de 600 € net.

La circulaire sur « l’indemnité de sujétions au bénéfice des personnels exerçant dans les réseaux d’éducation prioritaire renforcée » a défini les critères sur lesquels sera déterminé la part modulable.

Ainsi, pour l’année 2021/2022 : « Pour cette première année de mise en œuvre, la prise en compte de l’engagement professionnel sur la période de juillet à décembre 2021 et le versement dès février 2022 vise à soutenir, encourager et reconnaître la réussite collective, notamment dans la mise en œuvre de la continuité pédagogique, des dispositifs d’accompagnement des élèves et de lutte contre le décrochage dans le contexte de la crise sanitaire, par exemple, dans le cadre de la participation à Vacances apprenantes/ École ouverte, aux Stages de réussite, à Devoirs faits, aux Cordées de la réussite… »

A partir de la rentrée 2022 : trois « axes » définiront les critères d’attribution de la part modulable.

→ « Amélioration de la qualité du climat scolaire »

→ « Déploiement des dispositifs d’égalité des chances, d’Alliances éducatives et de soutien à la parentalité. »

→ « Mise en œuvre des temps collectifs de formation et de concertation ».

Le néomanagement en marche !
Les rectorats se sont emparés de cette circulaire et ont construit des grilles de critères, basés sur des indicateurs afin d’évaluer chaque école et collège pour déterminer la liste « des bons et des mauvais élèves ».

Dans l’académie d’Orléans-Tours, le rectorat a établi un classement en prenant comme critères « le soutien, l’encouragement et la reconnaissance de la réussite collective, notamment dans la mise en œuvre de la continuité pédagogique, des dispositifs d’accompagnement des élèves et de lutte contre le décrochage dans le contexte de la crise sanitaire, par exemple, la participation à Vacances apprenantes/École ouverte, aux Stages de réussite, à Devoirs faits ou encore aux Cordées de la réussite. Ont également été prises en compte les actions conduites en faveur du climat scolaire, les projets en faveur de l’égalité des chances, de l’alliance éducative. »

Dans l’académie de Lyon, les collèges ont été classés en les positionnant selon un barème de 4 niveaux allant de « convenable » à « excellent » pour chaque critère (participation à « vacances apprenantes », « devoirs faits », « cordées de la réussite », climat scolaire, etc.) !

Dans l’académie de Grenoble, le rectorat prévoit de positionner les collèges sur un barème de 4 niveaux à partir d’une multitudes d’indicateurs concernant les dispositifs institutionnels (Devoirs faits, avances apprenantes, cordée de la réussite…), le climat scolaire (prise en compte élèves BEP, mise en œuvre de projets de prévention et traitement de la violence, du harcèlement…) et les enseignements avec la plus-value de réussite au DNB par rapport à l’IPS, le taux d’orientation en Seconde et la mise en œuvre d’innovations pédagogiques…

Dans l’académie de Bordeaux, le classement, fondé sur les critères de la circulaire nationale, a également privilégié les cités éducatives.

Dans le Bas-Rhin, les critères tiennent compte du cadrage national et s’appuient sur le référentiel de l’Éducation prioritaire (1. Amélioration de la qualité du climat scolaire, 2. Déploiement des dispositifs d’égalité des chances, d’Alliances éducatives et de soutien à la parentalité, 3. Mise en œuvre des temps collectifs de formation et de concertation) , tout en intégrant des aménagements académiques. De plus 8 items ont été déterminés par l’administration académique pour « aider à la décision » : Engagement autour du projet d’école/qualité du travail d’équipe, investissement dans le réseau, évolution des pratiques professionnelles, continuité pédagogique, relations école-familles, partenariats, appréciation générale du niveau d’engagement collectif de l’école.

L’avis du SNES-FSU
L’utilisation de la part modulable est une technique de management qui vise à mettre en concurrence les écoles et les collèges REP+ d’une académie et ce jusqu’aux écoles et collège d’un même réseau. Dans l’académie de Rennes, toutes les écoles d’un même réseau n’ont pas bénéficié du même taux indemnitaire. Elle se transformera en sujet de clivage dans les équipes, quand certains reprocheront à d’autres de refuser d’entrer dans des dispositifs contestables mais valorisés par le ministère.

Dans les établissements et écoles classés éducation prioritaire, les collectifs de travail sont absolument nécessaires et existent. Ils doivent être soutenus. Imposer une part variable de rémunération va à l’inverse de cet objectif.

Les critères d’attribution montrent que l’urgence ne semble pas de faire progresser les élèves de REP+ mais de participer à tous les dispositifs d’affichage organisés par le ministère, dont aucun bilan n’est jamais dressé. L’indemnité maximale est donc liée à une charge supplémentaire de travail alors que cette revalorisation devrait être une reconnaissance de l’investissement des personnels dans des établissements où se concentrent les difficultés socio-économiques, dans un contexte de pouvoir d’achat dégradé par des années de gel du point d’indice. C’est inacceptable !

Le SNES-FSU s’oppose au principe d’une prime « à mériter » et demande que l’ensemble des personnels travaillant en REP+ (y compris AED et AESH) touche en intégralité la revalorisation de l’indemnité REP+.

Décret n° 2021-825 du 28 juin 2021 modifiant le décret n° 2015-1087 du 28 août 2015