11 juin 2016

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Conférence sur le handicap 2016 : mythes et réalités.

Le 19 mai 2016 se tenait la conférence nationale sur le handicap. François Hollande a annoncé : « Notre ambition est de faire en sorte que la personne handicapée ne se heurte à aucune frontière, aucune limite, aucune barrière physique ou morale dans ses projets. »
 
Cependant c’est la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) dans les Commissions des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) qui décode de leur orientation, sans être tenue de prendre en compte la volonté de l’enfant et de la famille, ni l’avis de l’enseignant qui a eu l’enfant pendant 4 ans et qui sait de quoi il est capable scolairement et socialement.
 
Où est l’ambition citée par le Président de la République ? Celui-ci a déclaré :
 
« Regardons la vérité en face, bon nombre de ces auxiliaires de vie ont un statut précaire aujourd’hui, fait de contrats limités dans le temps et c’est une double fragilité. Fragilité pour les personnels qui ne savent pas ce que leur avenir sera fait et fragilité pour la relation entre l’enfant et l’adulte. Or l’enfant s’attache à l’adulte qui va l’accompagner et l’enfant, comme la famille d’ailleurs, ne comprend pas qu’au bout de quelques mois l’adulte ne soit plus là ou que ce soit un autre qui vienne avec l’apprentissage que cela suppose. 
 
- Le terme « bon nombre de ces auxiliaires de vie ont un statut précaire » ne correspond pas à la réalité. Ce sont TOUS les auxiliaires de vie qui ont un statut précaire. Très peu de temps plein à 1100 € de salaire, un 50 % en 1ère année de CDI c’est 600 €.
 
- « Or l’enfant s’attache … ne comprend pas qu’au bout de quelques mois l’adulte ne soit plus là »  : Il est bien précisé dans les entretiens de recrutement et les mises en situation qu’il ne faut pas que les AVS ou AESH ne s’attachent aux élèves, et réciproquement, et pour cela même les AESH en CDD de droit public se voient attribuer un autre poste la rentrée suivante. Rare sont les AESH qui restent avec le même élève plusieurs années. Cependant cela existe avec un appui prononcé des directeurs d’écoles et des parents !
 
Poursuivons les propos de F. Hollande :
« Alors, le gouvernement engagera dès la rentrée 2016 la transformation progressive des contrats aidés d’auxiliaires de vie scolaire en contrat d’accompagnants des élèves en situation de handicap. Ce qui signifie la création de 32 000 contrats d’accompagnants supplémentaires sur les cinq prochaines années, dont plus de 6 000 dès la rentrée 2016. A terme, ce seront donc 50 000 professionnels au total, en équivalents temps pleins, qui seront disponibles, avec une plus grande continuité d’intervention auprès des élèves et de véritables perspectives pour les salariés exerçant ces fonctions. »
 
Le fait que les contrats aidés d’AVS soit transformés en contrat AESH existe déjà depuis des années. Mais dans quelles proportions les personnes en CUI-CAE seront amenées à accéder à un à contrat de droit public ? Dans ce discours, les AESH déjà en CDD ne sont pas pris en compte.
 
Plusieurs problèmes vont se poser :
·  Actuellement le niveau de recrutement des contrats aidés n’est pas le même qu’un AESH employé par les EPLE (Etablissement Public Local d’Enseignement) ou par les DASEN (Direction Académique des Services de l’Education Nationale)
·  Avec le nouveau diplôme quelles seront les personnes prioritaires aux recrutements sur des CDD de droit public ?
· Environ 2/3 des faisant fonction d’AESH sont aujourd’hui en contrat CUI et l’annonce de Hollande ne concerne que 40% de ces personnels : elle signifie donc en réalité qu’il y aura des milliers de CUI qui n’accéderont PAS au CDD !
 
« Cela va changer la vie de ces personnes, cela va leur donner davantage de certitudes quant à leur avenir. Cela va changer la vie des enfants scolarisés, de tous les enfants scolarisés, ceux qui sont accompagnés comme ceux qui ne sont pas accompagnés. Cela va également changer la vie des personnels éducatifs qui auront maintenant de véritables équipes pour accompagner les enfants en situation de handicap. C’est une grande réforme, non pas pour le handicap, c’est une grande réforme pour l’école de la République ; parce que ce que nous devons faire c’est que le plus d’enfants possible soient accueillis dans l’école et avec des personnels qualifiés. »
 
Ce n’est pas d’avoir un CDD de droit public qui changera la vie de ces personnes !
La précarité est la même, les conditions de travail également. La certitude quant à l’avenir des AESH est la même que pour ceux en CUI, mais sur une période de 6 ans au lieu de 2 ans. A chaque fin d’année scolaire le sort des AESH reste incertain, alors que la loi permet de faire, dans les EPLE, des contrats de 3 ans jamais proposés.
 
« De véritables équipes » « avec des personnels qualifiés » : Bien que les AESH doivent participer aux ESS (Equipes de Suivi de la Scolarisation), leur avis n’est que très rarement sollicité. Ce sont souvent « les personnes au fond de la classe avec qui on n’échange pas ». Et pour être considérées comme des personnes qualifiés et être crédibles face à l’équipe enseignante, il faudrait un minimum de formations qui sont inexistantes.
 
Après comme avant la faussement mirifique déclaration présidentielle, les revendications restent donc les mêmes :
 
- Revalorisation des salaires et surtout une grille indiciaire des AESH en CDI qui soit réellement une évolution de carrière et non pas un réajustement sur le SMIC.
- Un recrutement centralisé et l’abrogation de tous ces contrats différents pour une même mission.
- Une reconnaissance du diplôme au niveau V.
- Une reconnaissance de notre travail dans son intégralité et des services à temps complet.
- De véritables formations.
 
Par Nadège Fagnot, responsable académique SNES-FSU, représentante à la Commission Consultative Paritaire académique.